Management : 4 idées reçues sur le développement personnel

Ou comment ne pas s’engager dans un travail sur soi.
Dans le métier de coach de managers, et plus globalement dans les différents échanges sur la gestion du capital humain dans l’organisation, on est confronté à des discours variés. Voici quatre réactions entendues par rapport au travail sur soi, qui se sont offertes à moi et sur lesquelles je voudrais partager avec vous une réflexion.
C’est de l’égocentrisme.
Psychologies.com nous propose la définition suivante de l’égocentrisme : « Se référer essentiellement à soi-même, considérer ses comportements, ses jugements, ses opinions comme seules références et critères valables, substituer sa propre subjectivité à l’objectivité.»
Le besoin d’apprendre, de comprendre le fonctionnement de ma grille de lecture et de m’amuser à chercher un équilibre n’est elle pas un moyen de me soustraire à ma subjectivité ? N’est ce pas justement sortir d’un égocentrisme ? Je me dis que travailler à l’accueil de ce qui règne en moi peut être une porte ouverte pour cultiver l’accueil des autres.
Je me connais assez et je n’ai pas besoin de me flageller pour gérer mon équipe.
Cela revient à s’interroger sur comment dois-je aborder la connaissance de moi lorsque dans mon métier je suis amené à m’interroger dans mon rapport aux autres ?
« La connaissance de soi est le savoir qu’une personne acquiert sur elle-même, en termes psychologiques ou spirituels, au cours de sa vie à l’occasion de ses expériences. »
- Wikipédia
Le mot « expérience » me conduit à me poser la question du rythme d’apprentissage. Les organisations apprécieraient peut-être les gens d’expériences parce qu’ils ont eu de nombreuses occasions de se confronter à la matière humaine et donc à eux ; à regarder de plus près le passager clandestin, la part d’ombre qui est en chacun.
Carl Gustav Jung nous éclaire sur notre part d’ombre : « La clarté ne nait pas de ce qu’on imagine le clair mais de ce qu’on prend conscience de l’obscur. »
Prenons l’hypothèse que manager un groupe, des individus, des humains, c’est en partie porter un regard critique ; notamment sur des réussites, des échecs et des points de progrès. A partir de cela peut-on naturellement et librement s’interroger sur le « gouvernement de soi » lorsqu’une de ses responsabilités est le gouvernement des autres ?
En prolongeant l’exercice doit-on d’abord être un sage, un philosophe, avoir le contrôle de ses passions, pour pouvoir envisager de devenir roi – ou – doit-on d’abord devenir roi et ensuite s’ouvrir à la philosophie ?
- Charles Pépin, au sujet de Platon, lettre VII
Le travail sur soi quel que soit sa forme, coaching, thérapie, retraite spirituelle, ne concourait-il pas à une recherche de position méta ; à une observation sous un autre angle ?
En management j’ai suffisamment d’intuition pour ne pas m’embêter avec toutes ces questions métaphysiques. J’y vais au feeling !
Émotions, croyances et illusions, quelle distinction fais-je entre intuition et projection ? Dans quelle mesure ce « feeling », ce ressenti, vient-il vraiment de la situation et non de moi ?
Ce que je nomme « intuition » n’est elle pas le fourre-tout qui me sert à ne pas me poser de question ?
L’intuition est une compréhension spontanée qui ne se fonde pas sur des données objectives. Michel Giffard la définit comme une forme de connaissance immédiate, claire et directe, qui opère indépendamment du mental et de l’expérience. L’intuition est un outil de discernement qui apporte des réponses.
Comment régler un outil de discernement sur un sujet ne souhaitant pas mieux se connaître ?
Si je ne consacre pas suffisamment de temps à nettoyer mes lunettes, comment puis-je rendre suffisamment claire ma grille de lecture du monde ?
Pourquoi chercher à comprendre ? Les personnes qui s’interrogent sur eux font preuve de faiblesses !
Ne serrait-on pas à l’image de ce que nous voulons changer dans le monde ? Cela revient pour une part à s’interroger sur la manière dont tout un chacun accueille la critique.
Qui est alors le plus fort ? Celui qui tapit dans l’ombre ses peurs en ce disant « ce n’est pas ça l’important » ou celui qui a le courage d’éclairer ses illusions ?
« La liberté, c’est de pouvoir choisir celui dont on sera l’esclave. »
- Jeanne Moreau
« Tous les dragons de notre vie ne sont peut-être que des princesses qui attendent de nous voir heureux ou courageux.»
- Rainer Maria Rilke
Vous aurez compris que ces retours ne m’ont pas encore fait renoncer à ma propre démarche de développement personnel. Vous en avez assurément rencontrées d’autres, alors ne les gardez pas pour vous ; partagez les avec nous !
Première publication le 26 septembre 2011
Mots-clefs : Coaching, Management, Psychologie, Travail sur soi
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8 réaction(s)
Eric de Pommereau
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Merci pour cet article !
Je rêve d’un temps où le développement personnel soit reconnu comme un des moyens privilégié de formation au management !
En management comme en coaching, je pense que lorsque quelqu’un a l’impression de ne plus apprendre son métier … il est temps pour cette personne de changer de métier !
Eric de Pommereau
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Dominique HOAREAU
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Bonjour !
Je crois que le mot fort dans tout ça, c’est « illusion ».
Beaucoup confondent « personne », « personnalité » et « personnage » et se contentent souvent du dernier pour exister, pour ne pas dire s’y accrochent !
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Pascal Ponty
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Ah, que j’aime cette image « I love Moi »…
Je pense aussi, à tous ces managers en position haute, dominants leur sujet et leurs « troupes », et qui n’ont pas d’objections au coaching ou au travail sur soi parce qu’ils n’y pensent même pas.. jusqu’au jour où quelque chose cloche ! »
Il faudrait, pour suivre l’idée d’Eric, définir un « 101″ du développement personnel du manager, et réfléchir à la question « comment toucher les récalcitrants »..
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Philippe Combes
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Merci de vos commentaire et de ces perspectives.
Avec eux le souvenir de l’introduction du film « la haine » vient toquer à ma porte :
« Jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien … l’important ce n’est pas la chute mais l’atterrissage. »
Comment anticiper et favoriser le développement, son développement ; le développement de l’organisation ? Comment éviter les errances et les crash ?
Comment amener plus facilement l’individu et l’organisation à être éveillés à soi au Soi ?…et sans être intrusif.
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Pascal PERRIN
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Une seule solution : Par sécurité rester schizophrène en remettant tout en cause y compris soi-même…Une pratique quotidienne permet d’aquérir une rapidité d’exécution qui devient un process mental transparent …
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Yves GAUTIER
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Autre excuse type:
« C’est une mode. »
Quand on a décidé de ne pas faire, on trouvera toujours de bonnes raisons.
Cela n’arrive pas qu’aux autres!
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Philippe Combes
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Merci Yves,
Oui effectivement le prétexte de la mode est une belle perle !
Par la fin de votre post j’entends aussi :
« et si quand on travaille sur soi on amène en même temps dans le jeu les freins que l’on ne veut surtout pas voir sauter ? »
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MHélène Poncet
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bonjour,
article fort intéressant, et comme le dit Eric, pas si simple de regarder ses compétences, tout comme vous Philippe, lever les freins, comme dans le recrutement, on appuie dessus, au lieu de voir les leviers… en consultation, je vois les cadres reculer alors qu’il venait pour leurs manques ou souffrance, l’égo reste!..!!…. connaissez vous le livre de Peter, selon son principe « tout employé tend à s’élever à son niveau d’incompétence », à conseiller à tous manager.
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